[Médecin engagée] Étudier, échouer, réussir, et recommencer

Aujourd’hui pédiatre en cabinet libéral près de Nice, le Dr Anna Boctor revient sur ses études de médecine, partagées entre travail universitaire intense et petits boulots pour joindre les deux bouts. Elle rend aussi hommage aux femmes qui lui ont apporté un soutien essentiel durant ces années.

La réussite commence souvent par l’échec

La première année de médecine. Une école de la vie. Une jungle où chacun se bat pour la lumière, avec son patrimoine familial. Dans ma fac, l’élitisme était de mise, beaucoup d’étudiants étaient des filles ou fils de ou venaient de milieux privilégiés et surtout, de dynasties familiales de médecins. Finalement, une parfaite image de la profession.

J’ai redoublé ma première année. Comme 85% des étudiants. Je me souviendrai toute ma vie de ce jour où, devant plusieurs centaines d’étudiants dans un amphithéâtre, il fallait signer un registre dans lequel on faisait le choix de la voie qui correspondait à notre classement (à l’époque : médecine, dentaire ou sage-femme), ou de redoubler. J’avais l’opportunité de faire sage-femme. Je revois encore ma signature en face du « redoublement », sur laquelle l’une de mes larmes était tombée. Une vraie claque pour quelqu’un qui réussissait tout (j’ai eu, bien sûr, d’autres échecs depuis). Une vraie leçon surtout.

Les études de médecine quand on est boursier

Pendant mes études, je n’avais pas la même vie que beaucoup d’étudiants : je bossais les cours, j’allais en stage, mais j’étais aussi baby-sitter, hôtesse au Parc des Princes, aide-soignante de nuit, serveuse dans les cafés et restaurants parisiens, formatrice en premiers secours, prof de bio et j’en passe. Je faisais tout pour ne pas demander un seul centime à ma mère (qu’elle n’avait pas) et pour avoir un environnement propice au travail et à la réussite.

Mais, bien évidemment, je n’aurais pas pu y arriver seule. J’ai eu la chance d’avoir un logement du CROUS à partir de la 3e année, avec une bourse au dernier échelon, mais surtout, de rencontrer des femmes formidables, de véritables lumières sur mon chemin.

Les femmes de ma vie d’étudiante

Il y a eu Mme C., assistante sociale de ma fac. Je me suis mise en contact avec elle dès ma première année ; elle m’a aidée à avoir une 4e année dérogatoire dans mon petit studio du CROUS (autrement, je me retrouvais à la rue l’année des ECN). Elle m’a aussi orientée vers une association d’aide aux orphelins pour financer ma dernière année avant les ECN, n’ayant plus le temps de travailler à côté.

Mme H., elle, était conseillère à la banque. Elle me connaissait depuis la première année et étant proche de la retraite, j’ai pû la « garder » tout au long de mes études. Elle m’a vue pleurer, rire, rêver dans son bureau. Elle faisait tout pour que je ne paye aucun frais, notamment aucun agio (je vivais à découvert 90% du temps) et se débrouillait pour me débloquer rapidement des prêts étudiants à taux 0, afin d’acheter un ordinateur par exemple.

Enfin, je pense au Docteur Florence M., cheffe de service des urgences pédiatriques de l’hôpital Saint-Vincent-de-Paul. L’Histoire et le fleuron de la pédiatrie européenne, qui n’existe plus depuis. C’était mon seul stage de pédiatrie durant mon externat. Il m’a naturellement marqué, principalement pour deux raisons : d’abord parce qu’on m’y a volé les carnets sur lesquels j’avais fait des fiches de révisions pour les ECN. Le fruit du travail acharné d’une année et demie à quelques mois des ECN… Ensuite, parce que le Dr M.m’a convoquée dans son bureau pour me proposer de faire remplir des questionnaires aux familles de passage aux urgences à des fins de recherche les samedis après-midi, après les examens blancs à la fac. Elle avait remarqué que je manquais d’argent et a été très discrète pour me proposer ce job rémunéré 150€ par après-midi, une fortune pour moi !

J’ai remercié ces femmes et les ai conviées à la soutenance de ma thèse, le jour où je suis enfin devenue Docteur en médecine. Elles sont liées à mon destin, à tout jamais.

Je pensais avoir parcouru la partie la plus ardue de mon chemin, je n’imaginais pas ce qui m’attendait par la suite…

Découvrez prochainement la suite du parcours du Dr Boctor (@DrBOCTORANNA )!

Lisez aussi l’interview du Dr Boctor à l’occasion de la journée de lutte pour les droits des femmes, le 8 mars dernier.

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