Prendre soin de sa santé mentale est devenu une préoccupation pour de nombreux patients. En septembre 2021, 400 000 recherches de psychologue ont été recensées sur Doctolib. Un chiffre qui a doublé en à peine 10 mois. Caroline Delannoy, psychologue clinicienne et membre du Comité médical de Doctolib, revient sur les 18 mois écoulés et leurs effets sur la santé mentale.
Depuis un an et demi, la crise épidémique a mis à rude épreuve la santé mentale des Français. Les derniers résultats de l’enquête CoviPrev soulignent ainsi que 15 % d’entre eux montrent les signes d’un état dépressif et 23 % les signes d’un état anxieux. Face à la situation, ils sont de plus en plus nombreux à se confier à un professionnel de la santé mentale. Ainsi, selon les statistiques exclusives de Doctolib, les recherches de psychologues ont explosé : 400 000 ont été comptabilisées sur le mois de septembre, contre 200 000 à la fin de l’année 2020. Une demande qui se concrétise bien souvent en consultation.
L’activité des psychologues demeure à un niveau élevé, avec de 11 à 12 consultations hebdomadaires, contre à peine 8 il y a un an. Alors que s’ouvrent les Assises de la santé mentale ce lundi, Caroline Delannoy, psychologue et membre du Comité médical Doctolib, dresse un bilan des 18 mois passés. Avec du négatif, certes, mais aussi du positif : les Français prennent de plus en plus conscience de l’importance de prendre soin de leur santé mentale.
Un an et demi après le début de la crise de la Covid-19, les effets sur la santé mentale des Français sont-ils toujours palpables ?
La demande de consultation en psychologie est toujours forte à ce jour. D'une part, comme l’attestent les données épidémiologiques (CoviPrev, Epi-care, Mildeca, etc), la situation sanitaire et les mesures prises pour protéger notre santé physique ont toujours leurs effets aujourd'hui et en auront encore à moyen terme. Il y a encore beaucoup de traumatismes à processer. Nous ne sommes pas les mêmes personnes que nous étions il y a 18 mois, et nos cerveaux ont changé aussi. Les impacts sont présents sur les plans bien sûr affectifs, émotionnels, relationnels mais aussi sur le plan cognitif du fait d'un stress important et constant (déficit d'attention, concentration, perte de flexibilité mentale...). Nous commençons d'ailleurs à peine à cerner les conséquences mentales de la Covid-19, ce que l'on appelle le Covid Long, et qui sont de plus en plus des motifs de consultation en libéral aussi aujourd'hui.
D'autre part, cette forte demande ne concerne pas que des prises en charge de la "souffrance" à proprement parler, mais aussi des personnes qui font cette démarche dès les "premiers signaux faibles", en prévention de ce qui pourrait se dégrader. Mieux informés, les patients sont moins en attente qu'on "solutionne le problème à leur place". Au contraire, ils sont maintenant de plus en plus proactifs à comprendre ce qu'ils peuvent changer en eux-mêmes et dans leur quotidien pour aller mieux.
La crise épidémique que nous vivons a-t-elle permis de lever les tabous qui entourent la consultation chez le psychologue ?
Les deux freins principaux que sont la dramatisation et la honte sont en passe d'être dépassés grâce à la libération de la parole sur ces sujets. Cette libération de la parole a participé à factualiser les choses, à déculpabiliser les personnes, à mettre en avant plus clairement les aides concrètes et l'importance de la pro-activité de chacun pour son mieux-être.
Enfin, tout autour de ces sujets, les personnes consultent aujourd'hui de plus en plus pour mieux se connaître et répondre à leurs nouveaux questionnements existentiels. Après ces mois d'incertitudes, d'ajustements incessants, les personnes sont plus que jamais désireuses de reprendre le contrôle sur les essentiels dans leur vie. Ces questions portent sur ce qui les motivent vraiment dans leur vie, de reconstruire un équilibre de vie, et de confirmer des réorientations et des choix professionnels. Juste sur ce dernier aspect, une étude récente de Microsoft sur plus de 30 000 personnes dans le monde indique que 41 % d’entre elles étaient sérieusement en train de considérer un changement de poste ou de métier.
Certains patients, certaines catégories de la population vous semblent-ils plus à risque que d’autres ?
À mon sens, les personnes sur lesquelles nous avons à mettre toutes nos attentions sont les enfants, les adolescents et, par lien direct, leurs parents. Ce sont des périodes très intenses de construction cérébrale pour les moins de 2 ans, et pour les ados, un moment de remaniement cérébral important, et ils sont particulièrement sensibles et réactifs à la qualité de l'environnement autour d'eux et des soins qu'on leur donne. Les autres catégories de population sont les professionnels en charge des défis actuels et qui ont été sur-sollicités, sans répit aucun, les professionnels ayant des rôles de coordination, de management, de soins. Sans oublier les personnes dans la précarité, et isolées socialement.
Quels enseignements pouvons-nous tirer de ces 18 mois passés ?
Nous sommes à un moment historique de transformation de nos représentations collectives de la santé et de comment le mental y contribue. La “coronacrise” a mis en évidence l'absence d'une culture de la santé mentale constructive et le manque criant d’éducation sur ce domaine, du reste en France. C'est cette situation de crise qui a également imposé la santé mentale à l’agenda de la santé publique (les Assises de la santé mentale, le sommet mondial sur la santé mentale “Mind Our Rights, Now !”, la mobilisation des assureurs, etc). Il est tout à espérer qu'une vraie culture de la santé mentale se développe, en partenariat étroit avec les acteurs du terrain, soit les praticiens en libéral et leur maillage, et dans le respect de leur pratique et non à leur détriment.
En janvier 2021, nous avions consacré une étude à la santé mentale des Français et à la mobilisation des professionnels de santé. Vous y retrouverez :
- des analyses sur les impacts de la crise sanitaire à court et long terme ;
- des solutions pour lever le stigma de la santé mentale ;
- des conseils de vos confrères pour vous aider à surmonter cette crise.



