Avant l'été, 5 conseils de Caroline, psychologue 🌻

Bonjour à tous et à toutes,

Si vous avez cliqué sur cet article, bienvenue pour prendre un petit temps pour vous !

Je suis Caroline, psychologue et Pionnière Doctolib, et je tiens ici une petite chronique sur la santé mentale des soignants (récemment, 5 réflexes pour aller mieux et les clés pour garder votre équilibre).

Avec l’arrivée de l’été et la frénésie générale, il est crucial de recharger vos batteries, que vous preniez des vacances ou non. :low_battery:

Le problème c’est que trop souvent juste avant nos congés, notre liste de tâches s’allonge. Ce qui génère un stress supplémentaire non salutaire, et nous pousse à reprendre cette fausse bonne idée du … multitâches.

Pourquoi sommes-nous tentés de faire ça ? Tout simplement, pour essayer de gagner en productivité afin de s’acquitter de tout, avant notre pause estivale tant espérée.

Aujourd’hui, j’ai donc à cœur de vous partager quelques points basés sur des recherches récentes qui pourraient vous aider à abandonner (enfin) cette pratique inefficace.

De mon côté, cela a été d’une grande aide.

Le mythe du multitâches

Alors, pour commencer, allons droit au but sur deux fondamentaux :

  • l’être humain ne peut pas être multitâche (Salvucci et al., 2009).

  • les soignants, donc vous, êtes aussi concernés. Oui. Oui.

Selon une étude de l’INSERM, notre cerveau est fait de telle sorte qu’il ne peut pas faire plusieurs choses en même temps. Au mieux, notre cerveau passe très rapidement d’une tâche à une autre en continu. :brain:

La région préfrontale du cerveau va assurer une sorte de coordination et de planification entre les différentes tâches que vous souhaitez faire en même temps et va passer d’une tâche à une autre en 100 millisecondes environ, soit 0,1 seconde.

Ce qui est intéressant, je trouve, est de comprendre qu’il crée une sorte de boucle de dépendance due à la libération de la dopamine (produit par le cerveau pour toute récompense). Ainsi, chaque petite tâche donne un sentiment de récompense qui nous fait croire que nous avons réalisé énormément de travail. En fait, nous n’avons réalisé que plusieurs petites choses au lieu d’une tâche majeure.

Le saviez-vous ? Les effets délétères de cette pratique

Mais il provoque aussi surtout une augmentation de la production de cortisol, une hormone du stress ainsi que de l’adrénaline capable de sur-stimuler le cerveau. Ces substances peuvent causer un brouillard mental et même des pensées confuses. Cela vous rappelle quelque chose ?

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, essayer de faire du multitâches n’augmente pas la productivité mais ajoute une charge mentale.

Le cortex préfrontal, responsable de la concentration, divise son activité entre les tâches, augmentant ainsi les erreurs et les oublis. En fait, essayer de gérer trois tâches simultanément multiplie par trois les erreurs commises (Charron & Koechlin, 2010). C’est beaucoup, je suis d’accord avec vous.

Travaillant dans la santé, cela peut vite avoir des conséquences désastreuses dans les soins.

Les Coûts du « Task Switching » (changement perpétuel de tâches)

Le multitasking entraîne un phénomène appelé « task switching », où le cerveau passe rapidement d’une tâche à l’autre, mais au prix de 40% de productivité perdue.

L’apprentissage en multitâches envoie les informations dans des parties moins adaptées du cerveau, nécessitant plus d’énergie et causant fatigue et désorientation (Poldrack, 2006).

Effets sur le Stress et l’Agressivité

Enfin, il augmente aussi les niveaux d’hormones de stress, conduisant à des comportements impulsifs et des décisions hâtives (Loh & Kanai, 2014). Des études montrent aussi une diminution de la densité cérébrale dans les zones responsables de l’empathie et du contrôle émotionnel chez les multitâcheurs fréquents. Ce qui est loin d’être idéal pour bien comprendre nos patients.

5 conseils pratiques pour vous aider

1. Priorisez vos Tâches

Concentrez-vous sur une tâche à la fois pour maximiser l’efficacité et réduire les erreurs.

2. Minimisez les Distractions

Créez un environnement de travail calme et limitez les interruptions.

3. Prenez des Pauses

Accordez-vous des pauses régulières pour permettre à votre cerveau de se reposer et de se ressourcer, ce qui est essentiel pour maximiser votre récupération durant vos vacances.

4. Utilisez des Techniques de Gestion du Temps

Des techniques comme le « Pomodoro » peuvent structurer votre temps de travail de manière efficace. L’objectif est de rester concentré à 100% sur une seule et unique tâche pendant 25mn. Une courte pause sépare chaque session, puis une plus longue pause intervient après plusieurs sessions.

5. Planifiez votre Charge de Travail

Si la charge est intenable, listez les tâches à reporter et bloquez du temps dans votre agenda pour les réaliser après votre retour, évitant ainsi de les gérer le soir et le week-end. A l’impossible nul n’est tenu.

C’est sûr, ce n’est pas facile de changer ses habitudes, surtout quand on essaie de faire le maximum pour la santé de nos patients. Mais c’est au contraire une autre gestion de son énergie pour leur bénéfice direct, et surtout pour votre propre santé.

N’hésitez pas à partager vos méthodes, hâte de vous lire !

Prenez soin de vous et profitez pleinement de vos vacances bien méritées !

Caroline

Références :

  • Loh, K. K., & Kanai, R. (2014). Higher media multi-tasking activity is associated with smaller gray-matter density in the anterior cingulate cortex. Plos one , 9 (9), e106698.

  • Charron, S., & Koechlin, E. (2010). Divided representation of concurrent goals in the human frontal lobes. Science (New York, N.Y.), 328(5976), 360–363.

  • Foerde, K., Knowlton, B. J., & Poldrack, R. A. (2006). Modulation of competing memory systems by distraction. proceedings of the National Academy of Sciences , 103 (31), 11778-11783.

  • Salvucci, D. D., Taatgen, N. A., & Borst, J. P. (2009, April). Toward a unified theory of the multitasking continuum: From concurrent performance to task switching, interruption, and resumption. In Proceedings of the SIGCHI conference on human factors in computing systems (pp. 1819-1828).

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En médecine générale, la durée d’un créneau de consultation, du fait des conditions tarifaires, est de 15 mn et non pas 30. On frise donc le Task Switching de ce simple fait…

Grâce au Gestionnaire de Tâches !

Merci @DELANNOYCaroli pour ces conseils et bel été à vous !

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Merci pour votre excellent point Jean-Christophe! Ce n’est pas tant les 15min par consultation qui fait le Task Switching, mais davantage l’absence de minutes pour « clôturer » l’activité dans notre esprit.

J’entends par faire le tour mental de ce qu’on a vu avec le patient, compléter ses notes et se préparer à la consultation suivante (se rappeler du patient, lire la dernière consult rapidement), ou si cela est fait en consultation, prendre 2min de respiration profonde (cela suffit pour bien activer le système parasympathique qui permet d’aider à la récupération d’énergie).

Surtout avec la grande contrainte (à mon sens ce n’est pas un challenge, car dur d’exercer dans ce cadre) des 15min, il faut que nous soyons bien « en forme » je dirais, ou disponibles mentalement pour être focus, faire un brainstorming mental pour penser à un max d’hypothèses, identifier comment faire des propositions au patients pour qu’il adhère aussi à la proposition thérapeutique …

Même avec des consultations longues, comme celle des psychologues ou psychiatres psychothérapeutes, il peut se créer cette surcharge cognitive si on passe d’une consultation à une autre sans ces 4/5min de micro break.

Perso, je bloque maintenant ces micro break pour avoir ce temps de recup, et limiter l’effet de me sentir vidée le soir, pour avoir répondu à plein d’emails pros, entre les consultations, et mangé devant l’ordi :sweat_smile:

Comment faites-vous de votre côté @DrJeanChristopheWEIS ?

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Bonjour @DELANNOYCaroli,
Je culpabilisais d’avoir effectivement besoin d’un break de quelques minutes pour clore mentalement une consultation parfois, et plus souvent préparer la suivante, en plus de consultations déjà longues (au moins 1 demi-heure), et je suis content d’apprendre qu’il y a un fondement scientifique, sinon financier, à cela.
D’autre part après vous avoir lue sur le Multi Tasking, je pense que sur la route des vacances qui approchent, je n’écouterai pas la radio en conduisant.
Merci encore pour vos conseils, et bel été !

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Bonjour Caroline,

merci pour tous ces conseils bien pratique pour prendre soin de soi ! Très bonne initiative pour nous aider à mieux se sentir durant ces mois d’été !

Si je peux me permettre de partager un petit outil que je pratique tout au long de la journée : un petite pause respiration pleine conscience entre chaque patient. Je prends au plus court 45s, sinon 2 min pour respirer (en 4 7 8) pour bien clôturer le rendez vous précédent avant de commencer pleinement le rdv suivant. C’est facile à mettre en place, sans aucun outil, juste un moment avec soi !

Bon après midi à tous !

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Merci du conseil et de ton partage de pratique @Raphaël-Colboc !

Pour celles et ceux qui se demandent comment fonctionne la technique de respiration de Raphaël, le 4 7 8 correspond à 4sec en Inspiration, 7 sec pour retenir sa respiration et 8 sec pour expirer.

Elle fait référence à la cohérence cardiaque.

:face_with_monocle: Dans l’organisme, les fonctions respiratoires et cardiaques sont couplées : les variations de la fréquence cardiaque sont influencées par la respiration. Plus précisément, la fréquence cardiaque augmente pendant l’inspiration et diminue pendant l’expiration.

En somme, la cohérence cardiaque est un état d’équilibre entre le système nerveux sympathique et le système nerveux parasympathique.

Donc, selon si vous avez besoin de vous éveiller et de vous activer (à ce moment faire plus d’inspi), ou de vous relaxer et de récupérer (plus d’expi).

:bar_chart: * Pour la première fois, en 2023, une étude a démontré un concept qui semblait déjà acquis dans l’imaginaire collectif : un rythme cardiaque élevé a un effet anxiogène.
Il met aussi en avant l’idée que comprendre les états émotionnels ne peut se faire sans s’intéresser aux liens entre le cerveau et le reste des cellules de l’organisme.

Dîtes-moi si vous avez besoin de plus d’infos à ce sujet ! Il existe aussi d’autres techniques efficaces pour la récup sur une courte durée.

@_Pinaudier_Maud @Lesage_Céline l’utilisez-vous pour vos patients ? (et pour vous?)

Ref : Hsueh, B., Chen, R., Jo, Y., Tang, D., Raffiee, M., Kim, Y. S., … & Deisseroth, K. (2023). Cardiogenic control of affective behavioural state. Nature , 615 (7951), 292-299.

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Bonjour à tous,

merci Caroline pour ces références de la respiration 4 7 8 qui a tant d’effet positifs. Je le pratique également avec les patients en plus des séances de rééducation.

Je suis bien preneur d’autres discussions sur ce sujet passionnant !

Au plaisir d’échanger ensemble sur le sujet !
Bon après midi

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Bonjour ,
Pour exercer au cabinet et à domicile , je trouve que d’aller chez les gens créé un break naturellement , le fait de se déplacer permet de souffler entre deux .Idem à l’hôpital ou on peut souffler entre chaque chambre .
Accueillir des patients dans son bureau , c’est plus compliqué car cela peut être perçu d’avantage comme une intrusion , en ce qui me concerne , surtout si les personnes toquent à la porte ou entrent dès que le patient précédent sort.
Il n’ y a pas de temps de pause!
Sans compter les bruits de la salle d’attente qui peuvent perturber la concentration …
Pour ma part ,lorsque les sollicitations deviennent trop nombreuses ou trop lourdes à supporter je pense à cette citation de Georges Clemenceau:
« Les cimetières sont pleins de gens irremplaçables, qui ont tous été remplacés ».

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